Interview de Mr Zepp KOUETE (Administrateur Délégué du Mouvement citoyen de la Diaspora Togolaise en Europe : MDTE) sur TOGOCITY.COM - 29-05-2006
Togocity.com : Monsieur Zepp KOUETE, vous êtes un membre de la Diaspora Togolaise en France (DTF) et vous avez été récemment élu comme administrateur délégué du mouvement citoyen de la diaspora togolaise en Europe. Pourriez-vous présenter sommairement la nouvelle organisation qui a été instituée lors du congrès historique de Lille des 06 et 07 Mai 2006 ?
Zepp KOUETE : Je vous remercie de m’avoir accordé cette interview quelques jours après mon élection à la tête de la Diaspora européenne.
Ce mouvement est l’aboutissement de plusieurs années d’efforts et de lutte depuis que le 1er togolais a mis les pieds sur ce continent européen.
Un bureau provisoire était en place depuis 2003 et d’autres associations ont rejoint le mouvement ce qui a permis aux uns et autres de travailler les textes fondateurs jusqu’au congrès de Lille.
Les Togolais se réunissent souvent en associations, en familles pour des actions humanitaires envers la mère patrie.
Nous avons donc décidé d’unir ces forces pour une unité d’action dans la diversité en vue de parler d’une même voix pour être plus efficaces. Ce mouvement regroupe aujourd’hui la France, la Belgique, l’Allemagne,l’Irlande,l’Italie,la Suisse et va s’étendre à tous les pays de l’Union Européenne.
Togocity.com : Le poids économique et financier de la diaspora togolaise dans les structures sociales et économiques du Togo ne mérite pas la création d’un ministère en charge des Togolais de l’étranger et surtout l’octroi du droit de vote comme c’est le cas pour les ressortissants béninois, maliens, gabonais... ?
Zepp KOUETE : La Diaspora est aujourd’hui le poumon économique de notre pays par l’apport, et le soutien qu’elle apporte aux familles.
En 2004 la Diaspora togolaise de part le monde a envoyé 1 milliard 300 millions de francs Cfa sans compter le réseau informel composé d’amis et de proches parents à qui nous confions de l’argent et des biens pour le pays.
Selon le Fonds monétaire international (FMI), les migrants sont la première source de financement extérieur des pays en développement. La diaspora a envoyé, en 2005, plus de 160 milliards de dollars vers leurs pays d’origine. Notre participation à l’économie togolaise dépasse parfois l’aide au développement de certains pays partenaires.
C’est l’une des raisons qui nous a poussés à faire ce congrès fondateur pour mieux nous organiser afin de prouver aux politiques qu’ils ne peuvent plus décider sans la Diaspora. Quand ils échouent et s’entredéchirent, la lourde responsabilité revient à la société civile et la Diaspora de venir en aide à nos populations.
Peu importe comment on va l’appeler, mais les Togolais de l’extérieur doivent avoir une structure qui ne traitera que des affaires de la Diaspora comme dans les pays que vous avez cité.
Nous avons en ce sens plusieurs projets en cours. Quant au droit de vote des Togolais de la Diaspora, et contrairement à ce que beaucoup pensent à tort ; c’est l’opposition elle-même qui a refusé ce droit aux citoyens hors du territoire national pour des raisons qui peut être à l’époque étaient fondées.
Aujourd’hui, le Togo n’est plus un isolat politique où l’on peut manipuler certaines choses à l’insu du peuple. Il le saura, peut être qu’il n’a pas les moyens immédiats de réparer le pire mais il a les moyens de les dénoncer. Plus de 10% de notre population est à l’étranger avec des compétences diverses et variées et obtenir ce droit de vote est un premier pas pour le retour progressif des volontaires.
On est mieux chez soi qu’ailleurs certes, mais si les conditions minimales de sécurité et de liberté ne sont pas acquises, les Togolais n’iront pas apporter leur contribution pour la construction de notre pays. Le vote des Togolais de la Diaspora est notre objectif premier et nous croyons que nous pouvons l’atteindre. Sur ce principe, nos partenaires de l’Union Européenne sont d’accord avec nous.
Le Togo nous appartient tous et personne n’a le droit de refuser à un Togolais de l’étranger d’accomplir son devoir civique.
Togocity.com : Vous étiez « aux fronts » lors des manifestations de la Diaspora Togolaise à Paris pour dénoncer le coup d’Etat du 5 février et le hold up électoral du 24 avril 2005. Vous êtes aussi présent lors des grands rendez-vous de la Diaspora Togolaise en Europe pour dénoncer l’usurpation tragique du pouvoir au Togo. Mais, plus d’un an après, Faure Gnassingbé est toujours au pouvoir. Dans ces conditions comment le mouvement que vous dirigez peut contribuer concrètement à l’avènement définitif de la démocratie au Togo ?
Zepp KOUETE : Vous savez le 05 Février 2005 a été pour tous les Togolais une occasion de tourner la page des erreurs du passé. Les Togolais de la Diaspora qui sont sortis massivement lors des manifestations ne l’ont pas fait parce qu’ils sont membres de tel ou tel parti ou mouvement ; ils l’ont fait par un sursaut patriotique comme le recommande l’article 150, puisque notre loi fondamentale de 1992 modifiée en Décembre 2002 a été maladroitement violée en l’espace d’une journée. Nous sommes donc sortis pour dénoncer et attirer l’attention de la Communauté internationale et surtout de la France sur ce danger.
Nous avons été partout où on pouvait nous entendre en Europe, à la Commission Européenne à Bruxelles et au Parlement de Strasbourg pour expliquer ce qui se passe chez nous au Togo.
Certes nos appels au secours n’ont pas empêché les réseaux à faire de notre pays encore une pépinière des coups foireux sur le continent en inaugurant la « monarchisation » du continent.
Les hommes passeront, le Togo restera.
Que ce soit le RPT au pouvoir ou un autre parti, la Diaspora aura toujours son mot à dire dans la gestion des affaires de la cité.
Notre mouvement a plusieurs projets pour rééduquer le peuple traumatisé par des années de gouvernance opaque. Il faut commencer par une éducation civique, le dialogue, la démocratie dans les foyers, les familles, les écoles et faire comprendre au peuple, par exemple, que le refus de porter un casque sur une moto ou de refuser de mettre sa ceinture de sécurité dans une voiture relève de l’anarchie et non de la liberté. Ces manquements graves portent plutôt préjudice aux familles qu’à l’Etat qui perd par ricochet des bras valides pour son économie.
Le peuple est passionné, et souvent veut couper les têtes ; le politique a la charge de le raisonner ce qui manque à notre avis aux politiques togolais de tous bords qui par passion poussent notre jeunesse à la dérive. Les partis politiques doivent éduquer leur base. Je ne suis pas seul, il y a toute une organisation structurée qui livrera au moment opportun les conclusions de nos réflexions sur les différents sujets qui sous-tendent votre question.
Togocity.com : Le dialogue intertogolais qualifié de la dernière chance est entré dans sa phase décisive. En l’absence d’un facilitateur et face à l’hostilité récurrente du RPT et de ses alliés à tout processus de libéralisation de la vie politique, quelle issue peut-on prévoir pour les négociations en cours ?
Zepp KOUETE :Celui qui veut se suicider vraiment n’appelle pas de témoin. Il passe à l’acte et on vient constater l’irréparable.
Si le pouvoir RPT est dans cette logique de dialogue c’est parce qu’il sait qu’il va se suicider sans témoin. Il reste au RPT de prouver sa bonne foi et sa volonté en acceptant les compromis avec l’opposition afin de soulager la souffrance de ce peuple traumatisé et avili.
Maintenant que certains blocages apparaissent, il faudra que les acteurs présents puissent se faire un minimum de confiance et comprendre que le peuple souffre et taire leurs petites divergences.
Il faudrait rapidement qu’à la fin du dialogue, les politiques puissent demander à l’ONU la supervision des prochaines échéances électorales comme en 1956 au Togo. Seule la présence des casques bleus de l’ONU au Togo dans les futures échéances pourra rassurer le peuple pour aller encore mettre un bulletin dans une quelconque urne. Les organisations sous-régionales ayant perdu toute crédibilité en avril 2005.
D’où la nécessité de poser clairement le problème de l’audit de notre armée afin d’éviter son intrusion dans le débat politique et la conforter dans son rôle de la défense du territoire.
Togocity.com : L’année prochaine sera marquée par des élections présidentielles en France qui pourraient consacrer l’avènement d’une femme ou d’une nouvelle génération au pouvoir. Afin d’imposer une rupture de la politique française de l’Afrique, n’est-il pas opportun de se rapprocher d’autres associations africaines, panafricaines ou internationales qui luttent pour la fin de la françafrique ?
ZEPP KOUETE : La lutte pour la fin de la françafrique n’est pas seulement un rapprochement de toutes les associations, mais plutôt un travail de lobbying auprès des acteurs de la françafrique qui ont souvent des intérêts particuliers à défendre au détriment de nos peuples.
Nous croyons qu’ils ont compris que les temps ont changé et ceux qui aspirent à la magistrature suprême en France doivent tout faire pour ne pas perdre l’Afrique francophone. D’autres partenaires sérieux sont déjà à nos portes comme la Chine et certains n’attendent que la France se discrédite encore plus pour rentrer dans la course. Nous sommes le continent le plus riche et paradoxalement le plus pauvre.
Tôt ou tard, ce réseau Françafrique partira avec ses derniers dinosaures.
Togocity.com : Avez-vous des contacts avec les autres mouvements citoyens de la diaspora togolaise ailleurs et avec les associations et partis de l’opposition démocratique au Togo ?
ZEPP KOUETE : Les associations organisées aux Etats-Unis, au Canada et en Afrique sont nos partenaires. Au Togo nous sommes avec certaines associations de la société civile et des organisations non gouvernementales qui sont proches de nos objectifs.
Nous échangeons souvent sur la situation togolaise et sur l’apport de la Diaspora dans la construction de notre bien commun : le Togo.
Togocity.com : Des réfugiés togolais demeurent dans des conditions pénibles dans des camps au Bénin et au Ghana. Avez-vous pensé à leur venir de nouveau en aide ? A l’époque, le ministre Yamgnane était dans les camps au Bénin pour soulager nos compatriotes.
ZEPP KOUETE : Les différentes associations membres de ce mouvement viennent au secours de nos frères et sœurs réfugiés au Bénin et au Ghana sans tambour ni trompette. Mais nous croyons que cette situation doit interpeller tous les acteurs politiques et le HCR pour trouver une solution négociée à ce problème.
Togocity.com : En guise de conclusion, quel message l’Administrateur de la MDTE que vous êtes souhaite adresser au peuple togolais concernant la lutte pour la libération de sa souveraineté confisquée ?
ZEPP KOUETE : Le Togo n’est pas d’hier et ne finira pas d’aujourd’hui. Les hommes passeront, le Togo restera toujours et tous les fils de ce pays doivent avoir la foi en Dieu et oublier un temps soit peu l’orgueil pour penser à graver leur nom en bien dans les archives de l’histoire. Si le matin et l’après-midi vous sont très peu favorables, il est probable que le soir et la nuit vous apportent du rire et de la joie. Le Courage et l’Espoir doivent être notre slogan pour libérer ce pays.
Togocity.com : Nous vous remercions
réalisé par la rédaction de togocity.com. Propos recueillis par Arsène Ouidiraogo