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INTERVIEW AVEC M. JOEL VIANA, Président de la Diaspora Togolaise en France - 06-12-2005

Togocity.com : Vous êtes président de la diaspora togolaise en France, pouvez-vous nous présenter brièvement les objectifs de cette association.

J. VIANA : J’aimerais tout d’abord remercier Togocity.com de nous avoir offert cette tribune pour expliquer notre démarche. Pour répondre à votre question, les principaux objectifs de notre jeune association sont les suivants :

contribuer à l’amélioration des conditions de vie des populations démunies du Togo et des togolais vivant en France ;

oeuvrer pour la défense des intérêts des togolais, veiller à leurs droits auprès des autorités togolaises, françaises, européennes et internationales ;

informer la communauté togolaise et l’opinion publique internationale de l’évolution de la situation politique, économique et sociale au Togo.

Pour atteindre ces objectifs, nous avons créé un certain nombre de commissions dont la commission juridique composée d’avocats de la diaspora togolaise, la commission informatique composée d’informaticiens, la commission éducation d’enseignants et de chercheurs...

Togocity.com : Votre association a récemment publié un appel à un forum de la jeunesse. Un appel que nous avons relayé sur notre site d’information. Q’attendez-vous vraiment de ce dialogue ?

J. VIANA : Notre objectif est de permettre à la jeunesse togolaise de parler directement à l’exécutif en place sans le prisme déformateur des hommes politiques, souvent en déphasage avec les aspirations et les réalités de cette même jeunesse. Ce sera une autre façon d’aborder le dialogue social. Notre autre souhait est de poser les conditions d’une réconciliation nationale sur les bases suivantes :

le respect des règles de transparence dans la gestion judiciaire du dossier des massacres commis lors des dernières élections présidentielles sur les bases du rapport de l’ONU ;

le recensement de la population y compris la diaspora togolaise de par le monde pour qualifier le fichier devant servir à long terme aux prochaines consultations électorales ;

la reconnaissance du rôle que joue la diaspora dans la vie du Togo par une meilleure représentativité au sein des institutions nationales ;

l’établissement d’une charte de bonne gouvernance avec un engagement solennel de respect par les différentes composantes de la société civile et militaire du Togo des droits de l’homme et des règles démocratiques.

la création d’un observatoire de suivi des recommandations du forum composé de toutes les grandes sensibilités de la vie sociopolitique et religieuse du Togo. D’autres pistes de réflexion émergeront de nos discussions avec nos partenaires et les autres associations togolaises. La DTF est consciente du fait que le succès d’un tel Forum dépendra du degré d’adhésion des togolais.

Nous remercions à cet effet les associations et individus qui nous ont déjà contacté. Nous travaillerons ensemble dans l’intérêt supérieur du peuple Togolais.

Je profite de l’occasion pour inviter toutes les associations togolaises qui le souhaitent de se joindre à nous pour le succès de ce forum. Ce n’est pas un forum exclusif de la DTF mais de la jeunesse togolaise.

Togocity.com : Ne pensez-vous que ce dialogue fait double emploi avec le dialogue inter-togolais demandé par l’Union européenne et rendu public par Faure Gnassingbé ?

J. VIANA : Toute initiative dans le sens de la recherche de la vérité et de l’apaisement au Togo doit être selon nous la bienvenue. Et d’un autre point de vue, le forum que nous initions est très ciblé (autour de la jeunesse) et inclus aussi l’armée qui est souvent ignorée lors de ces genres d’assises.
L’impunité doit cesser et les togolais doivent réapprendre à se parler. Nous voulons dialoguer avec nos frères et sœurs de l’armée, de la police et de la gendarmerie pour essayer de créer un climat de confiance et de respect mutuel.

L’Union Européenne nous apportera certes un appui logistique mais jamais elle ne se substituera à la population togolaise. Un proverbe africain dit que quand le mouton est présent, personne d’autre ne saura mieux bêler que lui.

Togocity.com : Qu’est-ce qui vous garantie aujourd’hui que le pouvoir est prêt à ce dialogue après avoir prouvé pendant 40 ans sa mauvaise foi et son mensonge au peuple togolais et en particulier à la jeunesse ?

J. VIANA : Le risque existe, et nous ne le perdons pas de vue. Mais en même temps, nous gardons l’espoir que pour construire un Togo « nouveau » la jeunesse togolaise a un rôle important à jouer. Nous voulons réapprendre à nous parler. Le passé nous apprend à mieux gérer le présent et le futur.

Les différents contacts nationaux et internationaux que nous avons consulté convergent presque tous vers ce constat : Il nous faut réapprendre à nous parler malgré tout.
Les dirigeants du RPT parlent avec ceux du CAR, et de la CDPA ; l’UFC discute avec le RPT...
Les jeunes togolais, dans leur ensemble reconnaissent la nécessité du processus incontournable de « dialogue » direct avec les autres « jeunes » et avec le pouvoir en place. Personne d’autre ne le fera à notre place. Qui sont les mieux placés que les jeunes pour dialoguer avec d’autres jeunes ? L’Avenir nous dira si nous avons mal fait de dialoguer avec d’autres togolais quelle que soit les erreurs du passé. De toutes les façons, nous n’avons plus rien à perdre. Au contraire...

Togocity.com : La priorité ne serait pas aujourd’hui d’ouvrir les trois rapports sur les récents crimes au Togo et de rechercher les auteurs afin de les traduire devant les tribunaux ? Ou bien pensez-vous qu’une loi d’amnistie est la voie la plus indiquée pour pacifier les cœurs au Togo ?

J. VIANA : Ce Forum sera le lieu de débats sur tout ce qui touche la vie de notre « Cité ». La DTF ne détient pas la solution miracle qui sortira le Togo de l’impasse actuelle. Néanmoins à ce sujet, des avocats de la diaspora collaborent avec les organismes internationaux chargés de faire la lumière sur ces massacres et sont en contact avec des familles de victimes. Nous pensons que la gestion de la chose publique se fait avec une dose de conviction, de raison et de compromis (notez bien compromis et non compromission).

Si une loi d’amnistie doit être votée ou pas ? Il en revient au peuple togolais dans son ensemble d’en décider.

Togocity.com : Le poids économique et financier de la diaspora togolaise dans les structures sociales et économiques du Togo ne mérite pas la création d’un ministère en charge des Togolais de l’étranger ?

J. VIANA : Vous avez sans doute lu dans mes pensées. Nous irons même plus loin en parlant de députe de la diaspora, de sénateur de la diaspora, d’un secrétaire d’Etat chargé des togolais de l’étranger. Il est important pour nous -et cela fera partie de nos discussions -que les Togolais de l’Etranger soient représentés à la hauteur de leur contribution économique et sociale. Nous envoyons chaque année des milliards de francs CFA au Togo. Il est légitime que cet effort soit reconnu comme c’est d’ailleurs le cas dans certains pays africains.

Il faudra aussi que les Togolais de l’Etranger trouvent dans nos consulats et auprès des fonctionnaires de L’Etat un meilleur accueil.
Togocity.com : En guise de conclusion, quel message le président de la DTF que vous êtes a envie de passer au peuple togolais concernant la lutte pour la libération de sa souveraineté confisquée ?

J. VIANA : La jeunesse togolaise dans son ensemble doit s’impliquer davantage dans la vie de notre pays. Nos « grands frères » ont fait de leur mieux. A nous de prendre nos responsabilités. Les Togolais doivent réapprendre à se parler et apprendre à réclamer leurs droits en portant plainte chaque fois qu’ils seront témoins ou victimes d’exactions, de prévarication de la part des personnes censées garantir la paix civile.

Le pardon est nécessaire, de même qu’une remise en cause des actes posés par chacun depuis 1960. Les partis politiques doivent se rajeunir et accorder plus de responsabilités aux jeunes qui militent en leur sein : donner sa chance à la « jeunesse » pour qu’elle fasse ses preuves. Que les partis traditionnels, les associations de la société civile fassent « confiance » aux jeunes et qu’ils les soutiennent dans leurs efforts.
Quelque soit la durée de la nuit, le jour toujours vient.

Que Dieu bénisse le Togo.

Togocity.com : Nous vous remercions